Besoin d'aide? Contactez-nous !
Changer sa consommation

Les valeurs : créer un nouvel équilibre de vie

Retour

Lorsque l’alcool occupe une place importante dans la vie, il peut parfois prendre la place d’autres activités ou devenir l’une des principales façons de se détendre, de se faire plaisir ou de faire face aux difficultés. Modifier sa consommation peut alors laisser davantage de temps et d’espace. Cette liberté retrouvée peut être l’occasion de construire progressivement un nouvel équilibre de vie.

Réduire sa consommation d’alcool ou arrêter de boire ne consiste donc pas uniquement à changer sa manière de consommer. Il peut aussi s’agir de retrouver un quotidien dans lequel il y a davantage de place pour ce qui compte vraiment : les relations, les activités, les projets, le plaisir, le repos, la santé ou encore le sentiment d’être en accord avec soi-même.

Pour construire cet équilibre, il peut être utile de s’intéresser à trois dimensions qui se complètent : nos besoins, nos sources de plaisir et nos valeurs.

Identifier ses besoins

Les besoins correspondent à ce qui est nécessaire pour se sentir suffisamment bien et fonctionner au quotidien. Ils peuvent être très différents d’une personne à l’autre et évoluer au cours de la vie : avoir besoin de repos, de relations, de sécurité, de mouvement, de stimulation, de calme, d’autonomie, de reconnaissance ou encore de moments pour soi.

Lorsque certains besoins restent insatisfaits, nous pouvons parfois chercher à les apaiser par des habitudes qui procurent un soulagement immédiat. L’alcool peut par exemple devenir une manière de se détendre après une journée difficile, de diminuer une tension, de faciliter les interactions sociales ou de donner l’impression de couper avec les préoccupations du quotidien.

Dans ce cas, il peut être intéressant de ne pas se demander uniquement : « Comment faire pour ne plus boire ? », mais aussi : « De quoi ai-je besoin dans ce moment-là, et comment pourrais-je répondre autrement à ce besoin ? ». Cette question permet de déplacer progressivement l’attention de ce que l’on cherche à enlever vers ce que l’on souhaite retrouver ou construire.

Retrouver du plaisir

Un nouvel équilibre de vie ne peut pas reposer uniquement sur les choses qu’il faut faire ou sur les efforts à fournir. Le plaisir a également une place importante. Nous avons besoin d’expériences agréables, de détente et de moments qui font du bien.

Le plaisir se manifeste souvent à travers des activités : sortir avec des ami·es, faire du sport, cuisiner, écouter de la musique, voyager, regarder un film, créer quelque chose ou simplement profiter d’un moment de calme. Ces expériences peuvent contribuer à répondre à certains de nos besoins et apporter de la satisfaction au quotidien.

Lorsque l’alcool est devenu une source importante de plaisir ou de détente, sa réduction ou son arrêt peut donner l’impression de perdre quelque chose. Certaines activités peuvent avoir été progressivement associées à l’alcool : un repas au restaurant, une soirée entre amis, la fin de la journée, un week-end ou un moment seul à la maison. Il peut alors être nécessaire de réapprendre à profiter de ces moments autrement.

Cela ne signifie pas simplement remplir le temps laissé libre par l’alcool. Il s’agit plutôt de redécouvrir ce qui procure réellement du plaisir et ce qui répond à nos besoins.

Certaines activités sont agréables immédiatement. D’autres demandent un peu plus d’effort avant de devenir satisfaisantes. Une activité physique, l’apprentissage d’une nouvelle compétence ou la création d’un projet peuvent, par exemple, procurer moins de plaisir immédiat qu’une activité très stimulante, tout en apportant progressivement un sentiment de satisfaction, de progression ou d’accomplissement.

Explorer de nouvelles sources de plaisir

Explorer de nouvelles formes de plaisir, c’est aussi apprendre à mieux connaître ce qui nous fait du bien.

L’objectif n’est pas nécessairement de chercher toujours plus de plaisir, mais de découvrir une diversité d’expériences qui peuvent répondre à différents besoins. Certaines activités peuvent nous stimuler, d’autres nous apaiser. Certaines permettent d’être seul, d’autres de créer du lien. Certaines donnent un sentiment de liberté, d’autres celui de progresser, de créer ou de se sentir utile.

Les possibilités sont nombreuses et peuvent être très différentes selon les personnes. Il peut s’agir d’activités :

  • À faire seul·e ou avec d’autres ;
  • Physiques ou plus tranquilles ;
  • Créatives ou intellectuelles ;
  • Stimulantes ou apaisantes ;
  • Courtes ou longues ;
  • Gratuites ou non ;
  • À faire chez soi ou à l’extérieur ;
  • Déjà connues ou complètement nouvelles.

Voici une liste (non-exhaustive) d'activités :

  • Renouer avec des ami·es ou des proches ;
  • Reprendre une activité sportive
  • Découvrir un nouveau hobby
  • Cuisiner
  • Bricoler
  • Découvrir des activités culturelles
  • Suivre une formation
  • Partir quelques jours
  • Lire
  • Écouter ou pratiquer de la musique
  • S’investir dans une activité collective ou bénévole
  • Consacrer du temps à un projet personnel

Certaines activités peuvent aussi permettre de retrouver quelque chose qui avait progressivement disparu du quotidien : le sentiment d’avancer, de créer, d’apprendre, de partager, de prendre soin de soi ou d’être en lien avec les autres.

Retrouver ce qui compte vraiment

Les besoins nous indiquent ce dont nous avons besoin pour nous sentir suffisamment bien. Le plaisir nous permet d’expérimenter ce qui nous fait du bien. Mais cela ne suffit pas toujours à donner une direction à notre vie. C’est là que les valeurs peuvent jouer un rôle important.

Les valeurs représentent ce qui est important pour nous. Elles influencent nos choix, nos décisions et notre manière d’agir sur le long terme. Elles ressemblent davantage à une boussole qu’à un objectif : elles donnent une direction à la manière dont nous souhaitons vivre.

Par exemple, « avoir des enfants » ou « obtenir une promotion » sont des objectifs. Une fois atteints, ils peuvent être considérés comme réalisés. Derrière ces objectifs peuvent toutefois se trouver des valeurs plus profondes : être un parent présent, se sentir utile, entretenir des relations de qualité, apprendre, prendre soin des autres ou avoir une vie épanouissante.

Les valeurs se manifestent donc moins dans une activité particulière que dans la manière dont nous choisissons d’agir. Si la solidarité est importante pour nous, elle peut se traduire par aider quelqu’un, prendre du temps pour un proche ou s’engager dans une association. Si la santé est importante, elle peut nous conduire à prendre soin de notre corps, à retrouver une activité physique ou à modifier certaines habitudes.

Vivre en accord avec ses valeurs ne signifie pas être heureux en permanence. Les émotions changent et les difficultés font partie de la vie. Les valeurs peuvent cependant donner du sens aux efforts réalisés, y compris dans les moments difficiles.

Besoins, plaisir et valeurs : trois repères complémentaires

Ces dimensions peuvent parfois aller dans le même sens, mais pas toujours. Si on compare ces notions à une voiture, on pourrait dire que :

  • Les besoins sont comme le moteur : ils correspondent à ce dont nous avons besoin pour pouvoir fonctionner.
  • Le plaisir est comme le carburant : il nous donne de l’énergie, de l’envie et nous permet d’avancer.
  • Les valeurs sont comme le GPS ou le volant : elles nous indiquent la direction et nous aident à choisir vers quelle destination nous voulons aller.

Les actions sont enfin le fait de prendre le volant et de parcourir réellement la route : c’est par elles que nous transformons nos valeurs et nos intentions en manière de vivre concrète.

Une voiture peut avoir beaucoup de carburant et un moteur puissant, mais si elle n’a pas de direction, elle risque de tourner en rond. À l’inverse, savoir parfaitement où l’on veut aller ne suffit pas si l’on n’a pas l’énergie ou les ressources nécessaires pour avancer.

Une activité peut être très plaisante sans forcément correspondre à ce qui est important pour nous à long terme. À l’inverse, une action qui correspond profondément à nos valeurs peut demander des efforts et ne pas procurer de plaisir immédiat.

Dans une vie, on peut ainsi accumuler beaucoup de plaisirs sans pour autant ressentir, au bout du chemin, un véritable sentiment de bonheur ou de plénitude. Il est possible que certains besoins importants restent insatisfaits ou que nos activités ne soient pas suffisamment en accord avec ce qui compte pour nous.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre besoin, plaisir et valeurs, mais de chercher progressivement un équilibre dans lequel nos besoins peuvent être suffisamment nourris, où il existe des sources de plaisir diversifiées et où nos actions sont suffisamment en accord avec qui l’on souhaite être et nos valeurs.

Procéder progressivement

Il n’est pas nécessaire de transformer son quotidien du jour au lendemain. Un nouvel équilibre se construit généralement petit à petit et par essais et erreurs.

Une première étape peut consister à se demander :

  • De quoi ai-je besoin davantage dans ma vie ?
  • Qu’est-ce qui me procure réellement du plaisir ?
  • Qu’est-ce qui est important pour moi ?
  • Et quelles actions pourrais-je mettre en place pour donner davantage de place à tout cela ?

Il peut également être intéressant de se demander ce qui empêche actuellement de consacrer du temps à ces différentes dimensions. Le manque de temps, la fatigue, les obligations familiales, le travail ou certaines habitudes peuvent constituer des obstacles.

Retrouver un équilibre peut alors nécessiter de revoir progressivement son organisation : modifier ses horaires, demander de l’aide, déléguer certaines tâches ou simplement réserver du temps à ce qui fait du bien et à ce qui compte.

L’idée n’est pas de remplir chaque moment libre. Il s’agit plutôt de faire davantage de place aux activités, aux relations et aux engagements qui nourrissent réellement la vie.

Profiter de la vie autrement

Au fil du changement, une question peut rester comme fil conducteur : « Si l’alcool prenait moins de place dans ma vie, qu’est-ce que j’aimerais faire davantage ? »

La réponse peut évoluer avec le temps. Pour certaines personnes, il s’agira de retrouver une relation plus proche avec leurs proches. Pour d’autres, de reprendre une passion, de voyager, de faire du sport, de se sentir davantage en forme, de réaliser un projet longtemps repoussé ou simplement de retrouver des moments de calme.

Modifier sa consommation d’alcool peut alors devenir plus qu’une question de quantité ou d’abstinence. Il peut s’agir de retrouver progressivement une manière de vivre qui correspond davantage à ses besoins, à ses sources de plaisir et à ses valeurs.

Le changement ne consiste donc pas seulement à se demander ce qu’il faut enlever de sa vie, mais aussi ce que l’on souhaite y remettre, ce dont on a besoin et vers quoi l’on souhaite aller.