Si vous souhaitez recevoir un traitement de soutien pour réduire ou arrêter votre consommation d'alcool, il est conseillé de vous adresser à votre médecin de famille ou à un autre médecin qui connaît votre problème. Globalement, il existe 3 formes de médications pouvant être prises pendant le sevrage d'alcool : une médication qui limite les effets du sevrage, une médication qui réduit l'envie, une médication qui vous rend malade lorsque vous buvez.
Médication qui contrecarre le sevrage
Le sevrage apparaît lors d’un arrêt d’alcool chez une personne dépendante. Il s’accompagne de symptômes de manque physiques qui peuvent aller jusqu’à des hallucinations, l’apparition d'une crise d’épilepsie, ou encore d’un delirium tremens. Certains traitements ont pour fonction de compenser les symptômes du sevrage. Il s’agit des benzodiazépines. Ils agissent comme des dépresseurs du système nerveux central.
Ces médicaments se prennent sur une période de temps courte et définie à l’avance. En aucun cas leur utilisation ne peut se faire sur du long terme car le risque de dépendance est élevé. Parfois, ces médicaments sont prescrits temporairement aussi aux personnes très stressées par la perspective de réduire leur consommation d'alcool, d'arrêter de boire, ou qui sont très tendues de manière générale.
Il est très fortement conseillé de ne pas les associer à l'alcool car ce dernier peut quadrupler leur action anesthésiante. Un surdosage de benzodiazépines en association avec de l'alcool peut provoquer une issue fatale.
Quelques exemples de médicaments de soutien pendant le sevrage : Valium®, Tranxène®, etc. Ils peuvent avoir des effets secondaires tels que fatigue, somnolence, torpeur et troubles de l'attention.
Médication face aux envies
Certaines médications permettent de diminuer le désir de boire ou d’aider à maintenir l'abstinence. Contrairement aux benzodiazépines qui s’utilisent sur le court terme, ces molécules agissent à long terme sur le cerveau pour réguler la dépendance psychologique.
Ces médicaments ne sont pas une aide directe à la diminution des envies mais leur effets sur le système nerveux permet d'agir comme une aide supplémentaire et ne supprime donc jamais totalement les envies.
Le Campral® est un médicament prescrit aux personnes qui ont déjà fortement réduit leur consommation ou qui ont arrêté de boire et veulent éviter de retomber dans leurs anciennes habitudes. Ce produit semble aussi protéger quelque peu le cerveau contre le «choc» du sevrage. Cette diminution n'apparaît généralement qu'après 3 semaines environ.
Effets indésirables : nausées, céphalées, vertiges et diarrhées.
Le Naltrexone®. Ce produit est censé diminuer l'envie de boire, mais aussi supprimer le plaisir de boire. Il est vendu en Belgique mais n'est pas remboursé par la mutualité et est donc fort cher.
Le Baclofène® est une molécule connue et utilisée pour ses propriétés de relaxant musculaire. C’est un médecin cardiologue, Olivier Ameisen, qui raconte dans son livre (publié en 2008), comment l’auto-prescription expérimentale de ce médicament, à fortes doses, lui a permis de supprimer ses envies irrépressibles d'alcool.
La littérature au sujet de cette substance est ambivalente. D’une part, certaines recherches dans les débuts de son utilisation suggèrent son utilité pour promouvoir l'abstinence, réduire les envies et l'anxiété. Le baclofène était vu comme bien toléré pour autoriser une prescription en ambulatoire et par les personnes qui souffrent de cirrhoses du foie (de modérée à sévère). D’autre part, des études plus récentes reprises par le CBiP (Centre Belge d'information Pharmacothérapeutique) ont mis en évidence que son utilisation montre plus d’effets indésirable que de bénéfices pour l’utilisateur.
Effets indésirables : somnolence, troubles du sommeil, asthénie, vertiges, céphalées, paresthésies, nausées.
Le Nalméfène® se distingue des autres traitements par ses modalités d’utilisation. Il ne se consomme pas sur le long terme mais se prend de manière ponctuelle, 1 à 2 heures avant un moment où l’on prévoit de boire de l’alcool, avec un maximum d’un comprimé par jour. Il peut réduire la quantité d’alcool consommée et le nombre de jours de forte consommation mais son efficacité reste modérée et les études à son sujet peu concluantes.
Effets indésirables : nausées, maux de tête, vertiges et troubles du sommeil. Il n’est pas adapté à tout le monde, notamment en cas de prise d’opioïdes ou de certains problèmes du foie ou des reins.
Médication qui vous rend malade lorsque vous buvez
Ce médicament joue un rôle unique dans le traitement de l'alcoolisme en rendant la consommation d'alcool physiquement désagréable. L'Antabuse® agit comme un frein à la consommation d'alcool. Son principe est simple mais efficace : si vous buvez de l'alcool après avoir pris de l'Antabuse®, vous vous sentirez mal. Cette réaction désagréable est un moyen de dissuasion, vous aidant à résister à l'envie de boire. L'idée est de prendre la décision de ne pas boire une fois par jour, au moment de la prise du médicament. Cela peut être particulièrement utile pour briser les habitudes de consommation d'alcool profondément ancrées, surtout au début du processus de sevrage. L'utilisation de ce type de substance n'a toutefois de sens que s'il est pris de plein gré. Il ne constitue généralement pas une solution à long terme mais peut être très efficace au moment de casser des habitudes de consommation d'alcool «bien enracinées».
Comme son effet sur l'organisme peut être très violent si la personne continue à boire, il n'est généralement pas prescrit aux personnes souffrant de troubles cardiaques ou sujettes à des crises d'épilepsie. La prudence est requise en cas de diabète, de maladies du foie, d'inflammations des reins, de certaines formes de lésions cérébrales et d'hypersensibilité au produit.
Effets secondaires, généralement légers et de courte durée : légères nausées, céphalées, troubles gastro-intestinaux, «arrière-goût» et diminution de la libido.
Depuis mars 2023 l’Antabuse®, qui était le médicament prescrit dans le cadre de cette demande, n'est plus commercialisé. En cause, une pénurie de l’élément actif du médicament, le disulfirame. Il n’est donc plus possible de s’en procurer.
Traitements supplémentaires et vitamine B-1
Ces traitements ne visent pas à agir sur les envies de consommation mais en vue d’intervenir sur des problèmes supplémentaires. Par exemple : troubles gastro-intestinaux, carence en vitamine B, troubles hépatiques, etc.
L'administration de vitamine B-1 peut être très importante. C'est en effet la carence en vitamine B-1 (due à la consommation excessive d'alcool elle-même et à la négligence en matière d'alimentation) qui joue un rôle de grande importance dans l'apparition de troubles du système nerveux et de la mémoire. La prise de vitamine B-1 se justifie donc même chez la personne qui boit encore à plein régime.
En conclusion
Les recherches sur de nouveaux médicaments contre la dépendance à l’alcool se poursuivent, mais leur efficacité reste limitée et doit encore être confirmée. À ce jour, il n’existe pas de « pilule miracle » : la dépendance à l’alcool est un phénomène complexe, influencé par de nombreux facteurs.
Les médicaments n'ont qu'une place limitée. Ils peuvent constituer une aide pour certaines personnes, mais ils ne remplacent pas une démarche personnelle. La motivation au changement et un accompagnement psychosocial restent les éléments essentiels de la prise en charge.
| À retenir : Trois types de traitements permettent de réduire ou d’arrêter votre consommation : - Des médicaments qui visent à traiter les symptômes du sevrage et à les soulager - Des médicaments destinés à faire face aux envies de boire, par exemple en provoquant des effets désagréables en cas de consommation d’alcool. - D’autres traitements permettent de prévenir ou de prendre en charge certaines complications liées à la consommation. Les médicaments constituent toutefois une aide et ne remplacent pas un accompagnement psychosocial. |