Face à la consommation d’un proche, se recentrer sur soi n’est pas toujours chose aisée, a fortiori si on a mis en place un mode de fonctionnement centré sur la codépendance.
Conscientiser les comportements de compensation
La première étape consiste à prendre conscience de tout ce que l’on a mis en place face à la consommation de son ou sa proche. Cela passe notamment par le fait de se poser la question des responsabilités qui nous reviennent réellement, et de ce qui, à l’inverse, appartient à l’autre.
Autrement dit, cela revient à se poser la question suivante : “qu'est-ce qui relève réellement de ma responsabilité, et qu'est-ce qui relève de celle de mon proche ?”.
Cela permet de remettre la responsabilité de chaque personne à sa place, et ainsi de mieux faire la part des choses.
Se protéger
Se mettre en sécurité
La sécurité physique est un besoin fondamental. La consommation d’alcool entraîne parfois des violences, qu’elles soient verbales (menaces, insultes) ou physiques. Dans ces cas-là, il est fondamental de se protéger et de se mettre en sécurité.
Préserver sa sécurité financière
La consommation peut entraîner des conséquences financières qui peuvent aller de dépenses plus importantes ou de revenus plus faibles à cause des absences jusqu’à l’endettement.
Ici, écouter ses besoins peut passer par le fait de séparer son compte de celui de son conjoint ou de sa conjointe. Cela peut aussi consister à ne pas faire d’emprunt commun si c’est possible. De cette manière, on limite le risque de se retrouver soi-même en difficulté financière.
Écouter et répondre à ses propres besoins
Une fois ces comportements conscientisés, il est important de faire le point sur ses propres besoins et sur la manière d’y répondre de manière adéquate.
Prendre soin de sa santé
Le stress, les inquiétudes et la charge mentale liés à la consommation d'un proche peuvent avoir des répercussions importantes sur la santé, physique comme psychologique. Cela peut être une fatigue plus importante, des difficultés autour du sommeil (insomnie, réveils nocturnes) ou encore un déséquilibre dans l’alimentation (perte d'appétit). Tous ces signes tendent à montrer un épuisement, auquel il est important de prêter attention.
Prendre soin de sa santé, c’est d'abord être attentif ou attentive à ces signaux et essayer, autant que possible, de préserver des habitudes favorables. Concernant le sommeil, cela peut être l’instauration de rituels pour aider à s’endormir ou se préserver des moments de repos si c’est nécessaire. Remettre en place des habitudes d’alimentation, sans se forcer à manger, peut aussi aider. Cela peut revenir à se réserver des moments pour prendre le temps de cuisiner par exemple. Pratiquer une activité physique adaptée à ses possibilités est aussi une option qui permet de préserver la santé tout en se dégageant du temps pour prendre soin de soi.
Si la situation devient trop difficile à gérer, il ne faut pas hésiter à demander de l'aide à un·e professionnel·le. Un médecin, un psychologue ou une structure spécialisée constituent des espaces d'écoute et d'aide, à la fois pour mieux comprendre ce que l'on traverse et pour être accompagné·e dans la recherche de solutions adaptées à soi.
→ Plus d’informations sur les aides professionnelles possibles.
Préserver sa vie personnelle
Lorsque la consommation d’un·e proche a pris toute la place pendant une durée importante, se recentrer sur soi n’est pas une évidence et s’y habituer peut prendre du temps. Il est pourtant fondamental de rééquilibrer son temps pour répondre à ses besoins personnels.
Les relations sociales, souvent mises à distance dans ces situations, peuvent être une vraie ressource. Prendre soin de soi, ce peut être garder ou renouer le lien avec son entourage, qu’il soit familial ou amical, que ce soit pour une sortie, une activité, mais aussi pour se confier sur ce que l’on traverse. En sortant de l’isolement ou du sentiment de solitude que l’on peut ressentir dans ces situations, on est ainsi plus à même de faire face.
Cela peut aussi passer par (re)consacrer du temps à ses loisirs et à ses projets personnels, eux aussi parfois mis de côté. S’y connecter, c’est à la fois un moyen de prendre soin de soi, mais aussi de continuer à avancer malgré les difficultés.
D’une certaine manière, se préserver et se recentrer sur ses propres besoins revient à regagner une forme d’autonomie dans les choix de vie que l’on fait. Il s’agit d’un processus, qui se met en place petit à petit et connaît son lot de difficultés : à chacun·e son rythme. Et dans ce processus, être indulgent·e avec soi-même est précieux.
Faire respecter ses limites
Fixer les limites
Respecter ses propres besoins, c’est aussi les faire respecter par son ou sa proche qui consomme. Pour cela, il est utile de fixer des limites claires, c’est-à-dire d’exprimer ce que l'on accepte ou non dans la relation, mais aussi ce que l'on mettra en œuvre pour se protéger si cette limite est dépassée.
La première limite rejoint l’impératif de sécurité : c’est dire non à toute forme de violence, qu’elle soit verbale ou physique, et agir en conséquence lorsque son intégrité est en danger.
Mettre des limites, c’est aussi réussir à dire “non” à certaines situations inacceptables et cesser de se sacrifier pour l’autre en le signifiant clairement.
Agir en conséquence
Bien sûr, le fait de fixer ses limites n’est pas aisé, d’autant plus lorsqu’on a été habitué·e à se faire passer au second plan. Cela peut se préparer à l’avance. Une fois fixées les limites de ce que vous êtes prêt·e à accepter ou non,
Dans une situation de violence, cela peut être de quitter la pièce voire le logement pour se mettre en sécurité. Dans certaines situations critiques, cela peut aussi passer par un appel aux services de secours.
Lorsqu’il s’agit de comportements inappropriés, vous pouvez signifier qu’ils vous sont inacceptables et demander que cela ne se reproduise plus.
Vous pouvez également refuser de compenser les conséquences de la consommation comme des absences au travail ou des pertes d’argent. De cette façon, on permet aussi de rééquilibrer la responsabilité des actions entre soi et son ou sa proche.
Être indulgent·e avec soi-même
Tout cela n’est bien sûr pas toujours aussi simple dans la réalité. L’habitude et l’attachement peuvent par exemple générer de la culpabilité, ou on peut ne pas réussir à fair ce que l’on avait prévu dans une certaine situation.
Si cela se produit, soyez indulgent·e avec vous-même. Il s’agit de limites qui ont fréquemment été transgressées, d'habitudes solidement ancrées. Tout cela ne se défait pas du premier coup : là encore, c’est un processus.
Être accompagné·e par un professionnel·le peut, dans cette situation, s’avérer utile pour faire le point, définir ses limites et préparer la façon d’agir dans la situation où on souhaite les exposer.
Prendre soin de soi au quotidien
Gérer les émotions difficiles
Vivre aux côtés d'une personne qui consomme de l'alcool de manière problématique s'accompagne souvent d'émotions intenses. Colère, tristesse, peur, culpabilité, honte ou encore découragement peuvent se succéder, parfois au cours d'une même journée. Ces réactions sont normales face à une situation éprouvante.
Il est souvent tentant de vouloir repousser ces émotions ou de lutter contre elles. Pourtant, les ignorer ne les fait généralement pas disparaître. À l'inverse, reconnaître ce que l'on ressent, sans se juger, permet souvent de mieux traverser ces moments difficiles.
Cela ne signifie pas se résigner à la situation, mais accepter qu'elle existe et qu'elle provoque des émotions légitimes. Cette attitude d'acceptation permet de consacrer davantage d'énergie à ce qui dépend réellement de soi, plutôt qu'à lutter contre ce qui ne peut pas être changé immédiatement.
Enfin, il est important de faire preuve d'indulgence envers soi-même. Personne ne sait parfaitement comment réagir face à la dépendance d'un proche. Il est normal de commettre des erreurs, d'avoir des moments de découragement ou de ne pas toujours réussir à appliquer les conseils évoqués. Prendre soin de soi passe aussi par le fait de s'accorder la même bienveillance que l'on accorderait à un proche vivant une situation similaire.
Se reconnecter à ce qui compte pour soi
Lorsque la consommation d'un proche prend beaucoup de place, toute l'attention finit parfois par se concentrer sur lui : ses difficultés, ses besoins, ses consommations ou encore les conséquences qui en découlent. Progressivement, on peut perdre de vue ce qui est important pour soi.
Prendre soin de soi consiste aussi à se reconnecter à ce qui donne du sens à sa propre vie. Cela peut revenir à entretenir des relations importantes, poursuivre un projet personnel, pratiquer une activité que l'on apprécie ou simplement s'accorder des moments de calme et de plaisir.
Ces moments ne sont ni inutiles ni égoïstes. Ils permettent de retrouver un équilibre, de préserver ses ressources et de ne pas laisser la consommation du proche définir toute sa vie. Même lorsque la situation reste difficile, continuer à investir du temps et de l'énergie dans ce qui compte pour soi constitue une manière de reprendre progressivement sa place et de préserver son bien-être.
| À retenir : Prendre soin de soi n’est pas toujours facile lorsqu’un proche consomme à l’excès. Parmi les priorités, il importe de préserver son autonomie et sa sécurité financière, de veiller à sa santé au sens large et de rééquilibrer ses besoins personnels en prenant soin de vous et de ce qui compte pour vous. Il est également central de fixer des limites claires par rapport à ce que l'on considère comme acceptable ou non. |