Les pensées et les croyances peuvent jouer un rôle important dans la consommation d’alcool. Certaines pensées apparaissent de manière automatique et peuvent donner l’impression que boire est la réponse naturelle à une situation, une émotion ou un besoin.
Lorsque le premier verre d’alcool est consommé, les effets attendus ne sont pas toujours connus. Pourtant, au fil du temps, certains effets positifs peuvent être associés à l’alcool : détente, bonne humeur, désinhibition, facilité à socialiser, sentiment d’assurance et de confiance en soi, oubli des soucis, etc.
Petit à petit, certaines pensées peuvent ainsi devenir automatiques : l’alcool est associé à une manière de se détendre, de se sentir mieux ou de faire face à une situation difficile.
Les pensées automatiques qui poussent à boire
Lorsque la consommation devient trop fréquente ou trop importante, les tentatives de régulation, par l’abstinence ou le contrôle de la consommation, peuvent avoir peu ou pas d’effet. Le comportement peut alors être fortement influencé par des pensées qui poussent à boire à nouveau ou à boire davantage, comme par exemple :
- "Un verre ne peut pas faire de mal"
- "Je l’ai bien mérité aujourd’hui"
- "Je ne peux pas refuser"
- "Ça va me détendre"
- "Je dois boire un verre pour me détendre"
Ces pensées ont un caractère automatique. On les appelle aussi des pensées permissives. Elles ne sont pas nécessairement le résultat d’un raisonnement conscient. Elles traversent l’esprit et peuvent conduire à se servir un verre, à aller acheter de l’alcool ou à entrer dans un café.
Ce type de pensée peut alors donner l’impression d’une obligation alors qu’il existe d’autres possibilités qu’il devient difficile de percevoir sur le moment. Cela peut prendre la forme d'une pensée comme "je DOIS boire un verre pour me détendre".
Cette pensée devient bloquante lorsque l’objectif est de ne pas boire. Elle donne l’impression que l’alcool est indispensable, alors que d’autres possibilités peuvent être envisagées.
Les attentes liées à l’alcool
Les pensées automatiques cachent souvent des attentes concernant les effets de l’alcool.
Il peut s’agir de s’attendre à ce que l’alcool procure de la détente, améliore l’humeur, facilite les relations avec les autres, donne davantage d’assurance, permette d’oublier les soucis ou encore aide à se sentir bien.
Ces attentes peuvent influencer la décision de boire, en particulier lorsqu’une émotion ou une situation désagréable est présente. Une personne peut par exemple penser "je suis tendu·e, l’alcool va me détendre". La situation, la pensée et l’émotion peuvent alors s’enchaîner rapidement :

Quand les attentes deviennent « magiques »
Pour les personnes qui consomment de l’alcool en quantités trop importantes et/ou trop fréquemment, les attentes peuvent parfois ne plus correspondre à la réalité.
Au début, certains effets positifs peuvent être ressentis, mais plus la quantité d’alcool consommée augmente, plus les effets peuvent changer.
- S’attendre à se « détendre », mais finir par s’effondrer complètement.
- S’attendre à améliorer son humeur, mais devenir agressif·ve ou apathique.
- S’attendre à ce que l’ambiance soit à la fête, mais voir une dispute éclater.
- S’attendre à se relaxer « juste un moment », mais être « dans le coton » pour le reste de la journée.
- S’attendre à devenir plus « sociable », mais ne plus parvenir à s’exprimer ou dire des choses regrettées plus tard.
- S’attendre à oublier ses soucis, mais constater qu’après un certain temps ils occupent encore davantage l’esprit.
En cas de consommation excessive, l’effet initial, rapide et à court terme est souvent davantage retenu que les effets négatifs à moyen ou long terme. Il devient alors possible de continuer à penser que l’effet souhaité sera toujours présent, comme il pouvait l’être lorsque la consommation était plus modérée, tout en « oubliant » les effets négatifs.
Les attentes prennent alors un caractère "magique" : l’alcool est perçu comme une solution aux sentiments et émotions désagréables, comme la tension, l’ennui ou la tristesse, même lorsque la réalité montre le contraire. L’alcool peut alors conduire à s’endormir, à des conflits, à vouloir se "noyer" dans son chagrin ou à subir une importante "gueule de bois".
Un phénomène similaire peut apparaître après une période sans alcool. Lorsque tout va mieux, il peut être facile de se rappeler les bons moments associés à l’alcool et d’oublier les conséquences négatives de la consommation. La possibilité que les fausses croyances associées à l’alcool reprennent le dessus est alors réelle.
Les pensées après avoir commencé à boire
Les pensées automatiques ne sont pas uniquement présentes avant la consommation. Une fois que la consommation a commencé, d’autres pensées peuvent contribuer à la poursuivre.
Ce peut être par exemple des pensées comme "Puisque j’ai déjà bu, autant continuer", "j’ai déjà raté ma journée, ça ne sert plus à rien d’arrêter maintenant" ou encore "je recommencerai demain".
Ces pensées peuvent donner l’impression que la situation est déjà décidée et qu’il n’est plus possible d’agir autrement. De la même manière, une consommation qui ne correspond pas à ce qui était prévu ne signifie pas nécessairement que tous les efforts sont perdus.
Pensées bloquantes et pensées facilitantes
Certaines pensées peuvent rendre plus difficile le changement de consommation.
Une pensée comme “Je dois boire pour me détendre” peut être remplacée par une manière plus nuancée d’observer la situation :
“J’ai envie de boire, mais je ne ressens pas le besoin de boire,
même si je suis tendu·e. Je peux aussi faire une promenade”
La pensée facilitante ne nie pas l’envie de boire ni la tension ressentie. Elle permet de reconnaître ce qui se passe tout en envisageant une autre possibilité.
L’objectif n’est donc pas de penser systématiquement de manière positive, mais de pouvoir identifier les pensées automatiques, les examiner et rechercher des alternatives lorsque cela est possible.
Observer les attentes et les effets réels
Observer ses pensées et ses attentes pour mieux comprendre leur rôle dans la consommation peut être très utile. Cela permet de mieux prendre conscience de soi et de son fonctionnement en lien avec l’alcool. Développer cette conscience constitue un pas important pour s’engager progressivement vers un changement durable.
Il peut notamment servir à noter :
- La situation dans laquelle l’envie de boire apparaît ;
- Les pensées présentes à ce moment-là ;
- Les émotions et sensations ressenties ;
- Ce qui est attendu de l’alcool ;
- La quantité consommée ;
- Les effets réellement ressentis ensuite ;
- Les conséquences à plus long terme.
Cela permet de comparer ce qui était attendu et ce qui s’est réellement passé. Cette observation peut notamment mettre en évidence la tendance à surestimer les effets positifs de l’alcool et à minimiser ou oublier les conséquences négatives.
Les pensées et croyances ne sont pas la seule cause
Les attentes "magiques" et les pensées automatiques ne sont évidemment pas la seule raison qui pousse à boire. D’autres facteurs personnels, biologiques et sociaux peuvent également contribuer aux difficultés liées à la consommation d’alcool.
Identifier les pensées et les attentes qui interviennent dans la consommation permet néanmoins de mieux comprendre certains mécanismes et, progressivement, d’en limiter l’impact.
| À retenir : Les pensées automatiques et les croyances peuvent influencer fortement la consommation d’alcool en l’associant notamment à ses effets positifs. Ces pensées dites "permissives", peuvent renforcer l’envie de boire, et avec le temps, rendre certaines attentes irréalistes ainsi qu’amener à surestimer les effets positifs de l’alcool tout en minimisant ses conséquences négatives. Identifier ces pensées, les confronter aux effets réellement ressentis et envisager des alternatives peut aider à mieux comprendre son fonctionnement et à favoriser un changement de consommation. |