Lors de l'arrêt (ou de la réduction drastique) d'une consommation excessive et prolongée d'alcool, des symptômes de sevrage peuvent apparaître. Leur gravité et leur durée peuvent varier fortement, de la banale « gueule de bois » à un delirium tremens mortel.
Si une consommation importante d’alcool a été maintenue pendant longtemps et que des symptômes de sevrage apparaissent après une réduction ou un arrêt de la consommation, il est fortement conseillé de consulter un médecin de famille ou un autre expert médical. Il est impossible de prévoir comment la situation évoluera et un médecin peut prescrire un traitement qui atténue les symptômes du sevrage et limite les risques.
La « gueule de bois »
Toutes les personnes qui ont déjà « trop » consommé, même lors d'une seule occasion, connaissent la « gueule de bois ».
Chez les personnes qui boivent modérément, il s'agit de l'effet d'une intoxication légère par l'alcool. Chez les personnes qui consomment de manière excessive, la gueule de bois peut aussi être un syndrome partiel de sevrage, causé par une forte baisse de la quantité d'alcool dans le corps pendant le sommeil.
Certaines personnes qui consomment de manière excessive compensent ces symptômes de sevrage en commençant à boire tôt dans la journée (la consommation matinale).
La gravité de la gueule de bois dépend de la quantité d'alcool absorbée, du type de boisson (certaines boissons provoquent plus rapidement une gueule de bois à cause des substances qu'elles contiennent), de la sensibilité individuelle et de la condition physique et mentale de la personne concernée.
Les principaux symptômes sont les suivants : sensation de malaise général, fatigue, mal de tête, bouche sèche, nausées, envies de vomir, vertiges, hypersensibilité aux stimulations, et parfois aussi : angoisses, mélancolie, culpabilité et remords (« je ne boirai plus jamais »).
Il ne s’agit pas d’une liste exhaustive, et tous les symptômes ne se présentent bien sûr pas forcément toujours.
Les premiers symptômes de sevrage
Ils commencent à se manifester habituellement 24 heures après la réduction drastique ou l'arrêt d'une consommation excessive d'alcool de longue durée.
Le symptôme principal est la « trémulation » (tremblements), en particulier des mains, mais aussi parfois de la tête et de la langue. Elle peut aller de légers tremblements à une trémulation forte.
Les symptômes sont proches de ceux d'une gueule de bois, mais beaucoup plus prononcés. On peut également expérimenter d’autres symptômes comme des sueurs abondantes, un pouls accéléré, parfois de l’hyperventilation et de l’hypertension.
On peut également se sentir agité·e, plus irritable, avoir des troubles du sommeil, des cauchemars, des angoisses et présenter une humeur dépressive.
Dans cette situation, on observe souvent un « état de manque » important. C'est-à-dire une pulsion irrépressible et dévorante de consommation d'alcool : le craving.
Une confusion passagère peut également se présenter. La personne peut présenter des troubles de la perception au cours desquels, par exemple, elle « voit des insectes ». Ces symptômes ne durent généralement pas très longtemps et la personne est en général parfaitement consciente du fait que ce qu'elle voit ou entend n'est pas la réalité.
Si de tels symptômes sont expérimentés, il est fortement recommandé de demander un avis médical, qu’il s’agisse d’un médecin traitant ou des urgences d’un hôpital, et ce afin d’éviter toute complication supplémentaire.
Le syndrome de sevrage alcoolique
On peut faire la distinction entre trois stades : le pré-délirium, les crises d'épilepsie et le délire alcoolique.
Le pré-délirium
Dans cet état, les symptômes décrits précédemment peuvent se produire, mais sous une forme plus grave. Les tremblements sont beaucoup plus intenses et rendent difficiles l'élocution et la station debout.
Des hallucinations se produisent, au cours desquelles la personne n'est plus capable de faire la distinction entre l'illusion et la réalité. Ces hallucinations peuvent être un signe précurseur d'un delirium tremens.
De fortes fluctuations peuvent se produire au cours d'une même journée. En général, on observe une détérioration de la situation à la nuit tombante, avec une peur intense et une anxiété, et parfois des délires de persécution et des hallucinations lors desquelles la personne voit des insectes.
Les crises d'épilepsie consécutives à un sevrage alcoolique
Elles sont du type “grand mal”, c’est-à-dire qu'il y a une perte de conscience et une contraction générale du corps, avec des secousses musculaires violentes.
Le risque de crises d'épilepsie est plus élevé si la personne :
- a consommé, en plus de l'alcool, des sédatifs (benzodiazépines, barbituriques, etc.) ;
- a déjà souffert d'épilepsie ;
- a subi précédemment un traumatisme crânien (par ex. à la suite d'un accident de voiture ou d'une bagarre).
Les crises du sevrage alcoolique se produisent habituellement au cours des 10 à 36 premières heures suivant l'arrêt de la consommation d'alcool. Parfois, elles surviennent encore plus tard, mais il s'agit alors généralement d'un syndrome de sevrage dû à la combinaison d'alcool et de sédatifs.
Le délire alcoolique
Il peut se produire après 48 à 72 heures de sevrage alcoolique. Dans ce cas, il se produit des hallucinations très vives et persistantes, des hallucinations auditives, mais parfois aussi visuelles. La personne concernée « entend » en général d'autres personnes parler d'elle et se sent menacée ou suivie.
Là encore, si de tels symptômes sont expérimentés, il est fortement recommandé de consulter un médecin ou les urgences d’un hôpital rapidement.
Delirium tremens
C'est le syndrome de sevrage alcoolique le plus grave, qui peut persister plusieurs jours. Grâce aux méthodes de traitement actuelles, une issue fatale est plus rare mais elle reste possible (surtout dans un état de grande faiblesse physique). Une aide médicale est donc indispensable.
Il s'agit d'un état de conscience diminuée, d'une désorientation dans le temps et l'espace, et d'épisodes d'hyperactivité (avec parfois des activités imaginaires compulsives).
Des hallucinations très vives peuvent se produire. En plus de « voir des insectes », la personne peut parfois avoir l'impression que des images sont projetées sur les murs, comme dans un film.
Apparaissent également de violentes trémulations (parfois sur tout le corps), une sudation abondante, des troubles du sommeil persistants et de fortes angoisses, ainsi que de la fièvre, des palpitations et des symptômes de déshydratation.
De tels symptômes peuvent faire courir un risque vital. En cas d’urgence, appelez le 112.
| À retenir : Les symptômes de sevrage apparaissent suite à l’arrêt ou à la réduction drastique d’une consommation prolongée. La gueule de bois, expérimentée suite à une forte alcoolisation d’alcool, est sans danger quoique pénible. Après l’arrêt d’une consommation prolongée, des premiers symptômes de sevrage peuvent apparaître, généralement dans les 24 heures suivant l’arrêt ou la réduction. Ils précèdent le syndrome de sevrage caractérisé par un pré-delirium, des crises d’épilepsie, et un délire alcoolique. La forme la plus sévère, le delirium tremens, peut durer plusieurs jours. Cet état engage le pronostic vital et implique nécessairement une prise en charge médicale rapide. |